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L'Ambidextre

L'Ambidextre

BD, Livre, Dessin, Peinture, Musique, Jeu Vidéo


D'une Aurelia l'autre

Publié par Olivier Melville sur 5 Avril 2020, 14:49pm

Catégories : #Lecture, #Son, #Video, #Musique, #AureliaKreit, #Laurent Cachard, #VoyageDeNoz

Leurs copains du Voyage de Noz avaient ouvert le feu bien avant eux, davantage rompus sans doute à l’exercice de la communication, avec deux vidéos extraites d’un concert qui restera mythique à bien des égards. Parce qu’on n’avait jamais autant remonté le temps que ce 28 septembre-là, et que, aujourd’hui, il faut bien avouer qu’on regarde ça avec un peu d’hébétude : qui étions-nous, à l’époque, confinés à plusieurs centaines, heureux, tactiles ? Les mêmes que trente ans plus tôt, en somme, puisque les deux groupes new-cold-wave des années 80 - l’un ayant, sur le mode, succédé à l’autre - faisaient le lien, sur la scène du Ô Totem de Rillieux, à guichets fermés.

 

Les Noz du génial Pétrier, dans leur formation initiale, bouclaient trois décennies depuis leur première K7 bleue, et les Kreit de Tito Navarro revenaient, eux, trente ans après leur dernier concert, rejouer les titres qui les avaient fait connaître, à Lyon et – un peu – à l’international, quand ils étaient allés représenter la ville dans un tremplin à Barcelone. Aurelia Kreit, c’est d’abord une iconographie, cette jeune fille mystérieuse qui pose, en 1917, devant une table sur laquelle il y a un bouquet de fleurs, un cahier ouvert dans la main. Son journal intime, diront-ils plus tard, expliquant que les chansons en étaient inspirées. Autant que de son triste parcours, de l’Ukraine de 1904 au Lyon de 1921, là où l’on perd sa trace. Aurelia Kreit, c’est 83-88, et des centaines de concerts à Lyon. Des salles bien remplies, des répétitions publiques à la Mi-Graine et même la première partie du dernier groupe soviétique Autograph, à la Bourse du Travail à Lyon. Avec un choriste occasionnel du nom de Stéphane Pétrier, qui dira plus tard qu’il a monté les Noz parce que le travail des Kreit l’impressionnait.

 

Au Totem, ils sont arrivés discrètement, ça n’était pas non plus trente ans après que Tito allait devenir l’homme le plus démonstratif du monde. La formation initiale était un peu arrangée, Jérôme Anguenot prenant la basse du chanteur, amené à se centrer davantage sur l’interprétation, deux tons en dessous de sa voix de jeunesse. JJ à la batterie n’a pas vieilli d’un pouce, Didier Georgakakis paraît tout droit sorti, mèche de côté et Gretsch en avant, d’un concert de Marc Seberg, Raphaëlle, derrière, nappe le tout de ses claviers et Mumu est en pleine lumière.

 

Murielle, c’est la violoniste d’Aurelia, l’originalité du projet new-wave. Celle qui a le plus résisté à la tentation de la reformation, parce qu’on ne reprend pas le violon, trente ans après, comme on décide de refaire du vélo. Elle est là, pourtant, partageant le devant avec un Tito à la baguette, déchaîné, dansant. Retrouvé, telle l’éternité rimbaldienne. Bordel, que ça fait du bien de les revoir ! Et d’enchaîner les morceaux qu’on n’a jamais oubliés : Arkos, le jardin d’Ellington, Mira – voir la vidéo ci-dessous – et l’anthologique Cœur en croix  dont Cachard, l’écrivain (cf. encadré), a dit qu’ils étaient les trois seuls mots imposés dans son roman éponyme* qui en comprend 137 111.

 

AURELIA KREIT - Mira (Live Ô Totem le 28/09/2019) - Page Facebook

C’était un sacré beau moment, hors de tous les temps, de fait : le début-la fin-le début, dirait l’autre. Les reverra-t-on, nous reverrons-nous, pour l’instant, la question ne se pose pas encore. Mais personne ne nous interdira de nous souvenir que la vie était belle, et qu’elle se chantait bien. On attend la suite du concert, maintenant. Avant trente ans si possible.

Olivier Melville

________________________

* sorti le jour-même, aux éditions Le Réalgar, en même temps que Artificial Dream, le premier album d’Aurelia Kreit, chez Simplex Records.

 

 

Aurelia Kreit, le roman

On vous en a déjà parlé sur L'Ambidextre. L'écrivain Laurent Cachard, aujourd'hui confiné à Sète, a publié en septembre dernier un roman consacré au personnage d'Aurelia Kreit.

Le Réalgar, sa maison d'édition, présente le roman ainsi : « Aurelia Kreit » s’ouvre en Russie au début du XXe et s’achève en France, à l’aube de la 1ère guerre mondiale. Il suit le destin de deux familles qui fuient les pogroms, traversant le Continent, de Iekaterinoslav à Odessa, puis Constantinople, Vienne, Paris, Lyon, Saint-Étienne… S’y mêlent l’histoire de la sidérurgie, la question de l’identité ukrainienne écrasée par la grande Nation voisine, celle de la judéité, de la fatalité, aussi : la chance et son corollaire, le prix à payer.

 

Sur son blog, Warren Bismuth ne tarit pas d'éloges : Voilà un roman passionnant, dans lequel on a du mal à lâcher les héros, charpentés, magnifiquement dépeints. Son format de près de 450 pages est très loin de celui généralement choisi par les éditions Le Réalgar, qui ont pris un vrai risque en publiant ce livre, et nous ne pouvons que les en remercier, car tant fictionnellement (sic) qu’historiquement il est prenant. Documenté aussi, puisque c’est une sorte de petite encyclopédie de l’antisémitisme en Europe dans les deux premières décennies du XXe siècle. L’histoire se déplacera, atteignant Paris puis Lyon et même Saint Étienne, comme pour aller géographiquement chercher un espoir de vie meilleure, d’est en ouest. Un récit qui fait vibrer, qui fait écho. Il est à lire, à offrir et à conseiller, (...), il vaut le déplacement. En train ou pas.

Laurent Cachard - Aurelia Kreit - Le Réalgar - 440 p. - 20€

Lire un extrait - Commander (frais de port : 3,52€)

 

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